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Rédigé par Pierre-Olivier Sur le Vendredi 16 Août 2013 à 17:43 | Commentaires (5)
Jacques Vergès
« - Avez-vous déjà refusé une cause ?

- Oui une fois... L'assassin d'un avocat, ancien bâtonnier de Tours. J'ai alors demandé à Benoît Chabert, qui était premier secrétaire de la Conférence (1990), de prendre le dossier à ma place. »

Jacques Vergès ne respectait rien, ni personne, sauf les avocats. Impossible pour lui de défendre l'assassin d'un avocat! Il respectait aussi la jeunesse, c'est-à-dire la liberté. Donc, le souvenir de son père devant renoncer à la carrière de haut fonctionnaire parce qu'il épousait au bout du monde une jeune vietnamienne rencontrée en mission.

La culture classique, les vers, le théâtre… et la posture iconoclaste, avec beaucoup de génie et de talent.

- « La fumée du cigare, disait-il à Carbon de Sèze sur son lit d'hôpital, n'a pas pour seule vertu de faire fuir les moustiques, elle écarte aussi de moi les humanistes ! »

Il était l'homme de la plaidoirie de rupture. Non qu'il l'ait inventée – on n’ invente pas le procès de Socrate, le procès du Christ ou le procès de Julien Sorel - mais c'est lui qui l'a théorisée. Ainsi a-t-il été reconnu dans le monde entier.

Il n'a pas obtenu la liberté d'Omar Raddad à la barre, mais par une formule assénée dans la salle des pas perdus : « Il y a cent ans, on condamnait un officier car il avait le tort d'être juif, aujourd'hui on condamne un jardinier car il a le tort d'être maghrébin » ! A cet instant précis la presse bascule en faveur d'Omar, puis l'Académie, et même la Présidence de la République ... Alors Omar sera libéré !

La justice, elle, se ridiculisera en faisant à Vergès un procès à contre temps pour sa défense en creux, ce qui lui donnera l'occasion de désigner une cinquantaine d'avocats aux côtés de Luc Brossollet et Grégoire Lafarge. Il restera de sa première comparution un PV d'anthologie (cf. Légicom, Les renouvellements de la liberté d’expression, mars 2013).

Ceux qui aujourd'hui saluent le talent de Vergès, mais regrettent qu'il ait été « trop souvent du mauvais côté », ne comprennent pas son métier car pour un avocat il n'y a pas de bon ou de mauvais côté. Ils dénoncent toutefois à juste titre, certains propos outrageants et impardonnables dans la défense de Barbie.

Alors que restera- il ? Lui qui a déjà disparu dans les années 70, sans jamais dire où il est allé, ne nous en dira pas davantage cette fois...

Relisons « La stratégie judiciaire », « Beauté du crime », « Le salaud lumineux », et revoyons-le, photographié par Paris-Match dans sa baignoire entre mousse et cigare, ou à genoux dans le confessionnal du père de la Morandais, pour rechercher ni la vérité, ni les causes du crime, mais ce qui l'attirait plus encore : une certaine idée de la justice en tant qu’expérience esthétique.

Ou revoyons-le une dernière fois dans son hôtel particulier de la rue de Vintimille, vous recevant dans un immense bureau dont les rideaux sont déjà tirés. Au mur la tapisserie d'Aubusson, et les bibliothèques avec des livres qui débordent. Face à lui ses derniers clients, venus du bout du monde. Ils sont assis devant lui en arc de cercle. Il ne les écoute pas. Il ne leur parle pas. Juste pour vous, il offre en rythme haletant d'une voix métallique les répliques de sa pièce de théâtre, puis il se lève et va, jusqu'au somptueux échiquier qui est au bout de la pièce, pour jouer. Un dernier coup, contre personne. Il n'a plus d'adversaire. Alors dans un geste très lent et d'une élégance de félin, il tire sur son cigare et soulève la pièce la plus proche du roi : le fou ...
Rédigé par Pierre-Olivier Sur le Dimanche 17 Mars 2013 à 23:30 | Commentaires (1)
Olivier Metzner
Olivier Metzner est mort en mer, comme Tabarly avec qui il avait navigué, qui était sans doute son seul héros. On a donc tous - Olivier Metzner et nous- besoin d'un modèle, ou d'une référence, ou d'un personnage tutélaire pour nous "challenger"... Pour notre génération d'avocats pénalistes, le modèle et la référence, c'était évidemment Olivier Metzner.

Car il a inventé la "défense de procédure" de même que Vergès avait inventé la "défense de rupture". Car ses armes pour convaincre étaient de rendre le juge plus intelligent. Car tournant le dos à Daumier il a transformé le pénaliste en avocat moderne sur le mode de l'avocat d'affaire et il a fait de son nom une "marque".

Ainsi Olivier Metzner est-il devenu l'incontestable numéro 1 du pénal financier, politique, de la santé publique, de la pollution, des accidents.

Sa dernière grande plaidoirie est emblématique: c'était il y a tout juste quinze jours, pour l'un des dirigeants du Crédit Lyonnais, concernant des faits commis en 1990, qui avaient été instruits par Eva Joly et qui avaient représentés à l'époque le symbole des poursuites judiciaires pour dénoncer d'anciennes pratiques ou pour inaugurer une nouvelle morale. Alors, pire qu'un gouvernement des juges, s'installait au pôle financier du Palais de justice de Paris une morale des juges. C'est ce qu'Olivier Metzner n'a cessé de dénoncer, pendant un quart de siècle de notre histoire judiciaire.

Il l'a fait en respectant les juges, en ouvrant sa porte aux jeunes, en n'oubliant pas que son énorme succès entraînait des jalousies y compris au près des plus prestigieux avocats, ce qui nécessitait qu'il fut toujours proches des autres.

Lui rendre hommage, c'est aussi accepter d'entendre les critiques : le prix de ses honoraires (mais les clients choisissaient en lui "le meilleur" et à lui seul il a augmenté le tarif de tout le barreau pénal), ses duels d'homme à homme contre certains confrères (mais il y a des affaires qui rendent fous, même les plus grands avocats)... cependant jamais, dans les pièces qui passaient entre ses mains - où se mêlaient jusqu'à plus soif, l'orgueil, le pouvoir et l'argent - on a entendu dire, qu'il aurait triché ou qu'il aurait confondu son métier avec celui de certains de ses clients. C'était un homme droit. Il était reconnu comme tel. Personne n'aurait imaginé lui confier de basses œuvres.

Ceux qui ont travaillé à ses côtés, tantôt avec, tantôt contre, n'oublieront pas les rendez vous dans son cabinet de la rue de l'Université avec ses associés et collaborateurs, qui tous sont d'exceptionnels avocats et qui réussiront à prolonger la "marque Olivier Metzner" ; les alcools rares dans son appartement du quai Voltaire, mais aussi une certaine solitude, sans que personne n'ose jamais lui poser de question; et l'imaginaire de la mer, quand il parlait d'une île, de son île, dans le Golfe du Morbihan .

Mais que restera-il d'autre, car on voudrait poursuivre le souvenir bien au delà?

Une odeur de cigare maintenant froide, dans la salle des pas perdus ou devant la chambre de l'instruction (aucun gendarme n'osait le rappeler à l'ordre)... Une leçon de courage inouï, qu'il a donnée au petit monde du pénal, lorsqu'il paraissait à bout de force il y a quelques années, s'endormant aux audiences, et puis se relevant... Ou cette conversation intimiste, disant qu'il était protestant de telle sorte qu'il croyait donc en une vie éternelle...
Rédigé par Pierre-Olivier Sur le Vendredi 7 Décembre 2012 à 09:41 | Commentaires (1)
La Cour européenne des droits de l’Homme a jugé hier, que l’obligation de déclaration de soupçon incombant aux avocats dans le cadre de la lutte contre le blanchiment ne porte pas une atteinte disproportionnée au secret professionnel.

Heureusement, il ne s'agit que d'un arrêt de Chambre...donc suceptible d'une voie de recours.

Or les hasards du calendrier font que le barreau de Paris se rassemble aujourd’hui autour du Bâtonnier pour sa Rentrée solennelle. A cette occasion, Madame Christiane Féral-Schuhl prononcera un discours très attendu. Elle est le garant du secret professionnel de tous les avocats. Les 23.000 avocats du barreau de Paris sont derrière elle et lui font confiance. De même en est-il pour l’intervention du 1er Secrétaire, Quentin Lancian, la Conférence étant présente sur tous les fronts des libertés publiques. C’est elle qui a notamment obtenu via une QPC la présence de l’avocat en garde à vue.

Concernant la déclaration de soupçon, le combat a été excellemment mené par les Bâtonniers de Paris successifs depuis Yves Repiquet. Les avocats sont fiers d’avoir résisté tant à Bercy qu’à l’Union Européenne, contrairement aux professions voisines : experts comptables, notaires, banquiers, assureurs. Ainsi les barreaux ne sont-ils pas soumis à la déclaration de soupçon : ni dans l’activité de contentieux des avocats, ni dans leur activité de conseil. Seule exception, si l’avocat participe à un montage frauduleux ce qui n’est autre, par cumul d’infractions, qu’une complicité délictueuse via la fourniture de moyens. Dans cette hypothèse, le professionnel n’est plus avocat, il devient délinquant ce qui justifie sa mise à l’écart.

En 2012, le Bâtonnier de Paris n’a transmis aucune déclaration de soupçon à TRACFIN. En 2013, il faudra lutter sur le terrain européen devant la Grande Chambre de la Cour et dans le cadre des travaux relatifs à la quatrième directive.

Cette position de résistance et d’excellence est la garantie d’une profession dont la singularité impose de protéger la rencontre d’une confiance et d’une conscience : la confiance du client et la conscience de l’avocat.
Rédigé par Pierre-Olivier Sur le Mardi 4 Décembre 2012 à 14:37 | Commentaires (1)
Notre confrère Alain Frêche nous a fait l’amitié de nous recevoir jeudi 22 novembre à son Cabinet, en présence des principaux représentants des avocats publicistes de notre Barreau, dont Bertrand Périer, candidat au Conseil de l’Ordre.

Cette réunion a été marquée par des échanges forts importants et intéressants non seulement pour les publicistes mais également pour l’ensemble de la profession.

En effet, nous avons bien entendu abordé la problématique des appels d’offres, en ce qu’elle porte atteinte à l’indépendance de notre profession et à l’intuitu personae de la relation au client, mais également au rapport entre l’implication des cabinets, le coût de leur réponse, et leur retour sur investissement. A été ré-évoquée l’importance de communiquer sous forme de guide avec les pouvoirs adjudicateurs pour leur exposer le mode de fonctionnement de notre profession et nos contraintes déontologiques, dont elles ne sont pas conscientes.

Un autre aspect très important a été évoqué : celui de la diffusion de nos notes adressées de façon confidentielles à nos clients. En effet, les consultations d’avocats remises à des administrations sont des documents administratifs communicables aux élus voire, à d’autres administrations. Leur transmission peut se retourner contre le client lui-même, ce qui pose des problèmes déontologiques considérables qu’il convient d’adresser par la voie législative.

Les avocats publicistes sont également avides de contacts avec les juridictions administratives. Or, la culture de la procédure écrite rend cette communication difficile. C’est dans ce contexte que nous renforcerons les échanges entre les avocats et les juridictions administratives, dans l’intérêt d’une meilleure administration de la justice.

Un article paraîtra d’ailleurs sur quelques uns des sujets abordés le soir de la réunion dans « Semaine Juridique – Entreprises et affaires » (n°47, p. 719) *, étant précisé que nos discussions ont été riches et abondantes. Nous avons pu évoquer la question de la communication des documents dans le cadre des instances de référé, la question de la position des avocats dans les réponses aux appels d’offres pluridisciplinaires, le périmètre du droit, et bien d’autres encore.

Il est résulté de ces différents échanges, encore une fois, la nécessité de conduire des actions de lobbying, ou plutôt de magistrature d’influence ou d’imperium, dans l’intérêt de notre profession dans son ensemble afin non seulement de la protéger mais également de lui permettre d’aller de l’avant et de la redynamiser.


Pierre Olivier Sur & Laurent Martinet - Julie Abrassart - Bertrand Périer




http://surmartinet-batonnat2012.com/blog/wp-content/uploads/2012/12/122211-semaine-juridique.pdf http://surmartinet-batonnat2012.com/blog/wp-content/uploads/2012/12/122211-semaine-juridique.pdf

Rédigé par Pierre-Olivier Sur le Dimanche 21 Octobre 2012 à 13:19 | Commentaires (0)
CNA + ART = CNA'RT
Tandis que la FIAC règne au Grand palais, Anne-Katel Martineau a mis en place avec succès un événement "palais" consacré à l'art contemporain.

Les oeuvres, en provenance de grandes galeries (Lélia Mordhoc et Anne de Villepoix) suggèrent des émotions schizophrènes - comme toujours avec la justice. Voyez, sur sa grande chaise, cet enfant qui vous accueille à l'entrée, victime d'un curé pédophile... ou ces poissons en plastique, mi-détritus mi-animaux, qui nagent sous nos dossiers de pollution marine ou sous une île au large de Fukushima... ou ces palestinautes ... ou les conversations des confrères venus en nombres comme Annabel Boccara avec sa petite Lou, Etienne Lesage et les autres.

Notre métier, oui, c'est de l'art contemporain : la transformation des choses, des genres et de la vie, sous le coup d'une triple émotion. D'abord la souffrance de nos clients qui transforme une première fois. Puis le regard de l'artiste - l'avocat - qui transforme une deuxième fois. Et le jugement du magistrat ou de l'amateur ou du voyeur qui transforme une troisième fois...
Où est la vérité ?

Les artistes, Antonio Saint Silvestre, Natalia Carrus et Larissa Sansour, invités par Heidi Rançon-Cavenel et Vincent Lejeune en ont saisi une part dérangeante et magnifique.

Désormais, à coté du palais littéraire (qui est aussi devenu musical depuis peu) il y aura et pour longtemps le CNA'RT au palais de justice de Paris.

Merci à la CNA !
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