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J’ai lu Patrice Carmouze. Son livre "Comment perdre une élection présidentielle"(Robert Laffont) est aussi documenté qu’un cours à Sciences Po et plus drôle. Ou dramatique. Car souvenons-nous : Poher en 69, Chaban en 74, Giscard en 81, Balladur en 95, Jospin en 2002, Ségolène Royal en 2007, DSK en 2012. Archi-favoris à un an du scrutin. Mais tous ont commis une faute qui leur a coûté l’élection. Car si aucune présidentielle n’a jamais été gagnée, elles ont toujours été perdues ! C’est la théorie de la machine à perdre.
Poher débute à 35% et finit à 23% : il n’y avait pas suffisamment pensé « en se rasant le matin ». Chaban commence en tête avec 29%, mais sera devancé par VGE pour trois raisons: il a annoncé sa candidature le jour des obsèques de Pompidou (parricide), il n’a pas conservé le trio Chirac-Juillet-Garaud (division), il s’est positionné trop à gauche (trahison). Giscard imbattable bénéficiait de 53% d’opinions favorables en 1980 mais s’effondre un an plus tard : image arrogante et silence face au scandale des diamants. L’affaire Schuller- Maréchal fait perdre à Balladur 12 points dans les sondages entre février et mars 95. Jospin chute également car il ne calcule ni Christiane Taubira qui lui prend 2.32 % des voix, ni ses électeurs en présentant un projet qui n’est pas "socialiste" ( sic ). Syndrome Chaban à l’envers ! Ségolène Royal devait gagner après douze ans de chiraquie car elle était la candidate de la rupture. Mais ici l'argument de Patrice Carmouze peut être pris à contre pied ! Ce n’est pas la candidate PS qui a perdu, c’est Nicolas Sarkozy qui a gagné en incarnant la rupture (au point que dans cette élection la majorité en place était sans candidat et sans continuité). La clef est dans le discours du 14 janvier 2007 «j’ai changé», comme si aucune élection majeure ne relevait d’une autre proposition que celle du changement : Pompidou avec l’industrialisation, VGE avec la jeunesse, Mitterrand avec l’alternance, Chirac avec la fracture sociale. Lorsque le président est réélu (Mitterrand puis Chirac), les français régicides désavouent le premier ministre de cohabitation, (Chirac puis Jospin), devenu le véritable chef de l’exécutif comme ils désavouent systématiquement les favoris des sondages. En France, il y aurait donc un masochisme jubilatoire du peuple jaloux, à faire chuter le vainqueur trop tôt désigné.
Cette année sous le sapin, des parents préoccupés par les tendances opposées de leurs deux enfants, ont voulu déposer deux cadeaux bien différents, en plaçant toute leur espérance dans leurs vertus thérapeutiques respectives. En effet, le plus jeune était d’un optimisme béat qui leur faisait craindre que son émerveillement d’enfant se transforme avec l’âge en naïveté d’adulte… quant à l’ainé, son pessimisme était tel qu’ils redoutaient de le voir un jour se transformer en un profond désespoir.
- pour le petit pessimiste, ils déposèrent (dans des souliers qu’ils durent aller chercher eux même dans sa chambre) un magnifique train électrique, avec tout ce qu’il faut pour allumer des étoiles dans les yeux des petits et des grands garçons ; - pour le petit optimiste, (dont les souliers étaient sous le sapin depuis une semaine), du crottin de cheval. Au moment de découvrir les cadeaux apportés par le jovial barbu, la nature des deux garçons allait-elle s’inverser ? - le petit pessimiste jeta sur le train électrique un regard indifférent et repartit dans sa chambre, en maugréant : « il ne fonctionnera pas les jours de coupures d’électricité » ; - mais le petit optimiste, en découvrant le crottin, se précipita vers ses parents, le visage radieux et en criant sa joie : « papa, maman, le père Noël m’a apporté un cheval !!!! Il est allé se dégourdir les jambes…. Mais il va revenir ! ». Que 2012 nous fasse rire, rêver, et nous réjouir… Et qu’en pleine crise aussi effrayante que les ténèbres, rien n’altère notre heureuse nature pour que, à la façon d’un petit optimiste sorti d’un conte de Noël – inspiré d’une histoire racontée par Olivier Schnerb - nous trouvions dans le crottin, outre la promesse d’une belle récolte, le retour de cette prospérité qui garantit notre indépendance et notre liberté.
La Légion d’honneur : ne pas la demander, ne pas la refuser, ne pas la porter. Mais attendre la promotion du 1er janvier !
Or pour les magistrats cette année… ne plus la recevoir – car tel est le sens de l’amendement adopté à la quasi-unanimité par la commission des lois de l’Assemblée Nationale le 7 décembre dernier : « Pendant et au titre de leurs fonctions, les magistrats ne peuvent recevoir aucune décoration publique au titre du Code de la Légion d’honneur et de la médaille militaire et du décret portant création d’un Ordre national du Mérite ». Quid pour les avocats ? La robe est le symbole de : - l’indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics, - l’égalité entre tous les confrères, - le « désintéressement » qui est un principe essentiel de la profession (article 1.3 du Code de déontologie) et qui trouve sa dernière expression symbolique dans le dépouillement du costume judiciaire, comme la robe de bure pour les moines Peut-être faudrait-il alors ne plus porter la Légion d’honneur sur la robe d’avocat, puisque la seule justification recevable était le parallélisme des formes avec les magistrats. Mais il faut continuer à être fier de figurer sur la liste du 1er janvier. Evidemment le chevalier de la légion d’honneur en costume cravate ou en robe d’avocat est rarement un héros. Il n’y a plus de héros ou presque plus. Qu’est ce qu’un héros ? Pour Emmanuel Carrère dans Limonov, c’est « se consacrer à quelque chose de plus élevé que soi », à titre militaire ou non. C’est pourquoi Napoléon avait prévu que la Légion d’honneur fut décernée aussi à titre civil, pour ceux qui ont offert de leur temps sinon de leur talent pour les autres et pour l’intérêt général. Mais avait-il prévu que le ruban rouge démontrerait surtout deux siècles plus tard que les récipiendaires sont « connectés » et qu’ils ont du « réseau » ? L’essentiel consiste alors à conserver la distinction, sinon à monter en grade. Donc se conduire à la hauteur de ce qu’elle représente toujours : une certaine idée de l’honneur et de la France.
Par sa présidente Alexandra Perquin et son ancien président Romain Carayol, l’Union des Jeunes Avocats de Paris a organisé ce week-end un marathon de plaidoiries pour le Téléthon.
Il s’agissait de donner pendant 24 heures soit du temps de plaidoirie, soit de l’argent. Et si à ce jour on ignore encore le montant de la somme qui a pu être réuni pour aider la recherche sur les maladies génétiques neuromusculaires, on sait qu’une centaine d’avocats de tous âges et de toutes origines professionnelles, a maintenu la flamme pendant 24 heures. Certains plaidant plusieurs fois… Mais plaider quoi ? Avec Benoît Chabert nous avons amorcé le tour d’horloge, à 18 heures vendredi soir. Il a dit que si le miracle des mots entraîne une conviction, alors on peut faire reculer la souffrance. J’ai répondu que c’est une question de temps. Le temps symbolique des 24 heures en continu. Le temps décrit par l’œuvre d’art « The clock » à la biennale de Venise. Le temps présenté par Lamartine – mais le poète s’est trompé en posant la question de savoir : comment-il se peut que les jours de malheur s’éloignent de nous à la même vitesse que les jours de bonheur (Le Lac). Le bâtonnier Christian Charrière-Bournazel allait-il réciter des vers à son tour ? Non ! Il a préféré un duel à fleuret moucheté avec le président Thierry Wickers pour nous parler du futur locataire du Conseil National des Barreaux. Lorsque Marie-Aimée Peyron se lève, un ange passe. Elle évoque sobrement la mémoire de Jean-Claude Woog. Il y aura d’autres moments d’émotion dans la Salle des criées : ce confrère et ami de tous qui raconte que son dernier enfant souffre d’une maladie génétique… Puis, derrière Olivier Guilbaud et Carbon de Sèze, tous les autres se succèdent. Par dizaines. Au fil de la soirée. Au fil de la nuit. Et tandis que chacun livre une part de soi, le message collectif passe. Nous recommencerons l’année prochaine.
Vous souvenez vous de Sakineh ? On était allé défiler pour elle, au Trocadéro.BHL avait levé des milliers de signatures. Ni putes ni soumises était là, contre une peine de lapidation promise par les mollahs iraniens. Nous avions tous raison de manifester. Mais depuis lors, où est Sakineh ? En prison ? Libre ? Vivante ? Disparue ?
Vous souvenez vous de toutes les pétitions que vous avez signées pour des anonymes devenues des icones gonflées au vent des libertés et puis qui se sont dégonflées, jusqu’à ce qu’on les oublie définitivement ? Un jour, très jeune avocat, j’avais signé pour la libération de tel accusé qui venait d’être condamné par une Cour d’assises. Un ancien bâtonnier, partie civile dans ce dossier, me convoque à son bureau parisien. J’arrive, impressionné. Il me regarde dans les yeux : « Tu as signé pour X ! Tu connais le dossier ? » J’ai baissé les yeux… Il y a un mois, l’avocat Marc Jobert envoyait un email à tout le Barreau de Paris pour signer une pétition en faveur d’une consœur géorgienne de 22 ans –Mariana Ivelashvili– qui a été condamnée à 7 ans de prison alors qu’elle venait de prêter serment d’avocat. A nouveau, allait-on signer ? Que savions-nous de Mariana ? Existait-elle vraiment ? Étions-nous manipulés ? Nous sommes nombreux à avoir demandé le dossier. Nous sommes nombreux à avoir téléphoné à Marc Jobert. Et nous sommes nombreux à avoir signé, derrière le président du Conseil des barreaux européens et le président du Conseil national des barreaux. Aujourd’hui Mariana Ivelashvili est libre ! Il faut le dire, l’écrire, le diffuser sur internet. Bravo à Marc Jobert… Mais il faut continuer à dénoncer la situation d’une centaine d’avocat toujours emprisonné en Géorgie. |
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