Affection societatis : Olivier DebouzyPublié par Catherine Paley-Vincent le Mercredi 5 Mai 2010
Vendredi 23 avril : la Cathédrale Saint-Louis des Invalides est pleine à craquer, illuminée par un franc soleil d’avril.
Un temps léger dans un lieu splendide, ce pourrait être le bonheur. Et pourtant, la tristesse se lit sur tous les visages, l’émotion est palpable. Les robes d’avocats alternent avec les costumes sombres, deux Ministres, le Bâtonnier, des visages connus et inconnus. Olivier Debouzy est mort cinq jours plus tôt, soudainement. Il était vendredi en pleine forme à son Cabinet et rien ne pouvait laisser prévoir qu’il n’y serait pas le lundi suivant. Nous avons été stupéfaits d’apprendre que son parcours exceptionnel était ainsi stoppé en plein vol, à 49 ans, quand tout semblait lui réussir. D’ordinaire, les obsèques mondaines bruissent quand on attend l’entrée du cercueil. Je suis frappée par le silence, le respect, le recueillement. Le cercueil remonte la nef, porté notamment par l’un des jeunes associés d’Olivier Debouzy. Tout August & Debouzy est là, atterré, en état de choc. On ne peut qu’être saisi par cette unité, cette cohésion dans la peine ; la mort d’un chef qui, avec Gilles August, avait fondé en 1995 ce qui est devenu l’une des très belles structures de notre Barreau. Ce dernier, terrassé par l’émotion, dit sa stupeur et son émotion. Il plaide le courage, la grandeur, les qualités humaines et intellectuelles de l’homme, de l’ami, de l’associé. On comprend vite sur quelles valeurs fortes a été fondé le Cabinet et pourquoi il s’est développé harmonieusement. On me dira que la mort scelle les pactes et qu’à circonstances exceptionnelles, répondent des réactions exceptionnelles. Ce n’est pas ma perception du moment. Vous apprenez qu’en pleine réussite professionnelle, à l’âge où l’on savoure le chemin parcouru et qu’on en tire une juste fierté, Olivier Debouzy, à 45 ans, a voulu être baptisé. L’Abbé Begin l’explique avec des mots simples dont il a le secret et le parrain d’Olivier lit la lettre par laquelle ce dernier demandait le baptême à Monseigneur Vingtrois. Nous sommes nombreux à découvrir l’homme et comprenons mieux l’avocat dont le Bâtonnier estime que la disparition est une vraie perte pour le Barreau. L’Amiral Guillaud dit encore l’intelligence de cet énarque dont le Ministère de la Défense appréciait les conseils en stratégie, grand spécialiste de la défense nucléaire. A la fin de la cérémonie, Emmanuelle Barbara, son associé, a la force de dire la prière de Charles Péguy « La mort n’est rien, je suis seulement passé dans la pièce d’à côté… ». Le jeune avocat qui est assis à côté de moi pleure et me serre le bras. Nous ne nous connaissons que de vue. Affection societatis. A lire aussi ...
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