Cet été, le journaliste devient avocat et l’avocat devient journaliste…Publié par Archibald Celeyron le Samedi 21 Août 2010
Pour un journal, la peur du vide pendant les vacances… c’est la vacance des chroniques judiciaires. Mais ce mois d’août nous sommes nombreux à nous être précipités chaque jour pour acheter Le Monde, avec l’impatience déjà de lire le numéro du lendemain. Car les meilleures signatures des pages justice et politique se sont regroupées dans une énigmatique constellation « Cassiopée » - pas si énigmatique puisqu’on devine la plume de Pascale Robert-Diard - pour nous offrir 17 chroniques, qui sont les étoiles filantes ou les fusées, ou la poudre, du procès Chirac… à venir !
Les journalistes qui d’habitude racontent après coup et subissent l’évènement quitte à le transfigurer, ici anticipent et distribuent, non seulement les rôles du procès mais aussi les cartes de la rentrée politique. Ils sont comme les dieux de l’antiquité, qui, après avoir couché avec leur héros, prédisent un avenir terrible : Cassandre ! Cassandre et non Cassiopée… J’imagine le président Dominique Pauthe, lisant et relisant la quatrième chronique (celle du 6 août), tellement réaliste, qu’il ne pourra en fuir l’écho, lorsqu’il interrogera Jacques Chirac – et que celui-ci dans un silence de mort déclinera son identité parce que c’est la loi… puis, indiquera au tribunal d’une voix mécanique et voilée « Je ne vais pas me dérober »… et enfin abordera peut-être, au-delà de la dizaine d’emplois fictifs qu’on lui reproche, le financement des partis jusqu’aux enveloppes en kraft. Et alors, catastrophe ! D’après nos journalistes le château de cartes s’effondrerait du Général de Gaulle à Nicolas Sarkozy, car Jacques Chirac, moitié vieux moitié vrai, mais en phase avec la France qui sait, balancerait tout ! Et M. Longuet de se désoler au nom de l’UMP d’aller alors « devant les électeurs avec un grelot pareil accroché dans le dos ». J’imagine Jean-Pierre Mignard préparant sa plaidoirie pour la Mairie de Paris qui bute sur l’exorde. Comment ne pas ressasser les mots que lui dicte Pascale Robert-Diard, laquelle prend définitivement sa revanche de chroniqueuse sur l’avocat. Car cette fois c’est elle qui plaide - et avec quel talent - en attendant d’assister plus tard à ce que Jean-Pierre Mignard voudra bien retenir de son propos… Quel magnifique renversement des rôles ! On pourrait graver dans l’anthologie des grandes plaidoiries quelques envolées de la journaliste. Par exemple : « La politique a ceci de particulier que les hommes qui ont eu avec elle quelques étreintes meurent de leur vivant. Et c’est ainsi, en quelque sorte, que vous survivez. Cet état singulier susciterait chez moi plutôt la sympathie et la compassion. Mais je ne vais pas oublier, Monsieur, que vous avez commis une infraction de droit commun, et c’est de cela que je vais parler ». (chronique du 20 août). Jean-Pierre Mignard n’a plus qu’à se rasseoir. Et tout le Barreau avec lui. Mais attendons la suite… Voici le tour de Jean Veil et Georges Kiejman. Ils ont du avoir le trac eux aussi en attendant la chronique du 21 août, comme si déjà le président du tribunal leur donnait la parole. Et lisant Le Monde ce week-end ils sont passé par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Sans doute ont-ils été à la fois furieux, hilares, rêveurs, et finalement admiratifs de la chute. Cassandre annonce qu’ils ne plaideront pas, car finalement la plaidoirie dans un grand procès ne sert à rien. Ainsi le journal Le Monde vient il de tuer les hommes politiques et les avocats. Alors que reste-t-il de ce massacre ? Des éclats de rire, des émotions devant le temps qui passe, et des portraits si bien croqués que c’est comme si, dans Balzac, chacun des personnages avait été l'un de nos proches. Et puis en contrepoint, face aux mâles dominants du monde politique et judiciaire, il y a deux avocats qui s’en sortent : Jacqueline Laffont et surtout Marie Burguburu. Elles s’en tirent bien. Même très bien. En finesse et discrètes, donc en force. Bravo à elles deux, que ni les magistrats, ni les confrères , ni Jacques Chirac ne considéreront comme avant. Et bravo à Pascale Robert-Diard. A lire aussi ...
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