Comment perdre une élection présidentielle?

Publié par Pierre-Olivier Sur le Jeudi 12 Janvier 2012

J’ai lu Patrice Carmouze. Son livre "Comment perdre une élection présidentielle"(Robert Laffont) est aussi documenté qu’un cours à Sciences Po et plus drôle. Ou dramatique. Car souvenons-nous : Poher en 69, Chaban en 74, Giscard en 81, Balladur en 95, Jospin en 2002, Ségolène Royal en 2007, DSK en 2012. Archi-favoris à un an du scrutin. Mais tous ont commis une faute qui leur a coûté l’élection. Car si aucune présidentielle n’a jamais été gagnée, elles ont toujours été perdues ! C’est la théorie de la machine à perdre.

Poher débute à 35% et finit à 23% : il n’y avait pas suffisamment pensé « en se rasant le matin ».

Chaban commence en tête avec 29%, mais sera devancé par VGE pour trois raisons: il a annoncé sa candidature le jour des obsèques de Pompidou (parricide), il n’a pas conservé le trio Chirac-Juillet-Garaud (division), il s’est positionné trop à gauche (trahison).

Giscard imbattable bénéficiait de 53% d’opinions favorables en 1980 mais s’effondre un an plus tard : image arrogante et silence face au scandale des diamants.

L’affaire Schuller- Maréchal fait perdre à Balladur 12 points dans les sondages entre février et mars 95.

Jospin chute également car il ne calcule ni Christiane Taubira qui lui prend 2.32 % des voix, ni ses électeurs en présentant un projet qui n’est pas "socialiste" ( sic ). Syndrome Chaban à l’envers !

Ségolène Royal devait gagner après douze ans de chiraquie car elle était la candidate de la rupture.

Mais ici l'argument de Patrice Carmouze peut être pris à contre pied ! Ce n’est pas la candidate PS qui a perdu, c’est Nicolas Sarkozy qui a gagné en incarnant la rupture (au point que dans cette élection la majorité en place était sans candidat et sans continuité). La clef est dans le discours du 14 janvier 2007 «j’ai changé», comme si aucune élection majeure ne relevait d’une autre proposition que celle du changement : Pompidou avec l’industrialisation, VGE avec la jeunesse, Mitterrand avec l’alternance, Chirac avec la fracture sociale.

Lorsque le président est réélu (Mitterrand puis Chirac), les français régicides désavouent le premier ministre de cohabitation, (Chirac puis Jospin), devenu le véritable chef de l’exécutif comme ils désavouent systématiquement les favoris des sondages.

En France, il y aurait donc un masochisme jubilatoire du peuple jaloux, à faire chuter le vainqueur trop tôt désigné.


        

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