Cours à l’EFB

Publié par Pierre-Olivier Sur le Vendredi 19 Février 2010

Cours à l’EFB
Mon vieux scooter rouge est à fond, entre le cabinet de l’avenue d’Iéna et l’EFB de la rue de Charenton. Depuis 2002, le Bâtonnier Paul-Albert Iweins m’a confié l’enseignement du pénal et de sa déontologie à l’Ecole du Barreau. Alors je m’y rends aussi souvent qu’en audience, en prison, en rendez-vous dans les cabinets amis, petits ou gros, lorsque je participe à des équipes de défense ou à la mise en place de plaintes qui seront peut être un jour des class action.

Aujourd’hui, la voie expresse rive gauche est à peu près fluide, et je jette un œil vers le palais de justice illuminé par un bateau mouche qui passe.

Sous mon casque intégral, comme dans une bulle ou dans un bocal, il y a la foultitude des évènements de la journée qui, de façon linéaire, en boucle ou dans le mur, bute sur une catastrophe.

  • G. qui refuse de payer. Il va falloir faire un avoir. Ce n’est pas simple de maintenir le chiffre d’affaires en ce moment. Comment font-ils, les gros cabinets qui n’ont plus de deals et les confrères individuels qui n’ont que des dettes ? Je me répète, en imitant la voix de Fabrice Luchini sous mon casque intégral, la définition des honoraires dans le Voyage au bout de la nuit : « Quand on en demande à un riche, on est un mendiant, quand on en demande à un pauvre, on est un voleur ».

  • Le juge D. vient de rendre une ordonnance de contrôle judiciaire signifiant l’interdiction de gérer pour tel petit patron. Il est complètement dingue ce juge ! Il faudrait qu’il aille faire un tour dans l’entreprise, ou dans nos cabinets, qu’il aille interroger les salariés… Alors il prendrait dans le ventre toute l’angoisse de mon client, qui n’a cessé de me harceler de ses inquiétudes aujourd’hui. Cette angoisse je la ressens. Oui dans le ventre !

  • Et puis, quid de l’audience de demain matin ? Le rendez-vous donné au client à 8 heures précises au café les Deux Palais, dont je viens d’avoir confirmation sur mon mobile, au feu rouge du boulevard Henri IV, me rassure. Merci à Christelle mon assistante, de l’avoir organisé en urgence. Toujours en urgence. Que des urgences ! Comment fait-elle pour tenir et moi aussi ?

Alors, pensons à mon cours à l’Ecole du Barreau !

Que vais-je dire ce soir à la quarantaine d’élèves avocats de l’EFB ? Je vais les retrouver dans 5 mn.

Ça va me faire du bien, parce que je leur dirai qu’on fait un métier magnifique…

  • Qu’on fait le plus beau métier du monde, et que même si les clients ne paient pas tous, en termes d’argent, la profession est brillante, puisque le revenu moyen pour un associé en SCP, SELARL, association, etc., est de 153 880 € par an (chiffres ANAAFA 2009)… Je sais que les médianes sont beaucoup moins bonnes. Et que quand ça va mal ça va très mal, tandis que les chiffres sont très mauvais pour près d’un quart du Barreau ;

  • Que les termes du serment correspondent à une éthique nous plaçant au-dessus, ce qui est plus fort que tous les fils barbelés du monopole mal conçu par la loi du 31 décembre 1990, (qui de toute façon va finir par voler en éclat via la Directive service du 12 décembre 2006)… et que la déontologie est une valeur d’avenir en sortie de crise, lorsque le monde économique recherche de nouvelles règles et de nouvelles morales ;

  • Que le Barreau de Paris fête cette année le 200ème anniversaire de son rétablissement après la Révolution française et que depuis 20 ans il a évolué à une vitesse phénoménale qui fait que toutes les professions voisines veulent soit fusionner avec lui, soit lui faire une guerre sans merci… et qu’il n’est pas aujourd’hui un ancien ministre qui ne veuille devenir avocat !

Peut-être leur parlerai-je de Gandhi, de Mandela, d’Obama ? Je veux qu’ils soient fiers d’être avocats. Je me souviens d’un éditorial du Bulletin du Barreau que le Bâtonnier Francis Teitgen avait titré avec Serge Perez par un seul mot : Fier !



        


1.Posté par Emmanuel le 12/03/2010 16:06
J’aime le ton de ce billet. Merci




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