Discussions autour de la péniche : l’Europe…Publié par Pierre-Olivier Sur le Jeudi 28 Juillet 2011
Nous avons fait un rêve, celui d’une Europe réconciliée. Erasmus. Schengen. L’Euro. Airbus.
Mais il y a les pesanteurs administratives de Bruxelles, l’Angleterre qui demeure une île et l’Allemagne qui joue son propre jeu en Europe de l’Est. Dans le même temps, la génération des 20 – 30 ans se projette au-delà. Vers la Chine et l’Inde. Vers le monde Arabe. Vers la mondialisation… Comme s’il fallait prendre acte que la page d’Histoire de l’Europe de l’après-guerre était déjà tournée et ratée. La crise financière est évidemment celle de l’Europe, et non pas seulement celle de « quelques pays périphériques », comme les marchés financiers aiment les qualifier, en visant la Grèce, le Portugal et l’Irlande. Cette crise de la dette est bien plus grave encore puisque les Etats-Unis sont visés. Paradoxalement l’euro a réussi avec succès à éviter un effondrement en domino. En retardant l’échéance, on a masqué un système dont la vertu est l’extrême générosité avec la dépense publique, sachant que la dette émise pour régler l’addition trouverait toujours preneur. Pour éloigner les cassandres, on a voulu faire croire que la spéculation et les agences de notation étaient à l’origine de la crise…la ficelle est un peu grosse alors que la plupart des pays vivent avec des déficits publics depuis plus de 30 ans. C’est-à-dire avec de la cocaïne, car la dette, tant pour les Etats et pour les ménages, est une drogue. De même en est-il de la dialectique financière qui l’accompagne : « les effets de levier », « les crédits font les dépôts », « ne jamais tuer l'ours lorsqu'on a pas déjà vendu sa peau » etc. Quid si au bout de cette chaîne de Ponzi à la Madoff, il y avait une défaillance ? On nous répond que les pays arabes et la Chine continueront à acheter les obligations d’Etat… La mondialisation va nous sauver…Encore de la cocaïne… Aussi tenter de trouver la juste réponse à cette crise, c’est accepter le fédéralisme, donc des pertes de souveraineté. Il faut donc une refondation de la gouvernance institutionnelle de l’Europe au profit de l’Union pour chacun de ses pays membres. Mais nous n’entendons plus les grandes voix de Konrad Adenauer, Jacques Delors, Felipe Gonzalez, Romano Prodi, et celles des « couples » Giscard / Schmidt, ou Mitterrand / Kohl, qui pour l’Europe signifiaient le progrès et pour chacun des Etats membres la croissance. Les « pères » ont disparu au profit de ce qu’un titre récent d'un journal de la grande presse désignait « Ces enfants qui nous gouvernent ». Alors voici les remontées d’ambitions régionales ou nationales, avec des stratégies économiques et commerciales non coopératives opposant modèles vertueux et modèles dispendieux, jusqu'à certains discours directement hostiles au projet européen, qui nourrissent de nouvelles légitimités politiques détestables. Face à cela, de crise en crise, l’Europe met en place des instruments incompréhensibles pour les gens, dont les montants astronomiques ne correspondent que partiellement à de nouveaux financements par ailleurs graduellement décaissés, lesquels ont un impact médiatique désastreux auprès des populations des pays bénéficiaires qui n'arrivent pas à boucler leurs fin de mois. Les réponses restent techniques et se concentrent principalement sur le renforcement de l’architecture de gestion des risques publics symbolisée par une succession d’acronymes incompréhensibles, EFSF, EFSM, ESM, SMP, qui pourraient ressembler aux noms portés par les fils de Gaïa attaquant l’Olympe. Commençons ainsi qu’en appellent Christian de Boissieu et Jean-Hervé Lorenzi (in Le Monde, 22 juillet 2011) par instituer un ministre des finances Européen, et limitons dans le cadre d’une solidarité de tous les pays de la zone Euro le stock de dettes à 60% du PIB (ce qui était le ratio Maastrichien). Puis partons pour l’île de Spetses. Hissons la voile et, poussés par le meltem jusqu’à Kastelorizo, où fut tourné le film Méditerranéo, écrivons un nouveau chapitre qui ne sera jamais à la hauteur de l’Illiade et l’Odyssée. Thiébaut Julin et Pierre-Olivier Sur Nouveau commentaire :
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