Douch, le lendemain du verdictPublié par Pierre-Olivier Sur le Mardi 27 Juillet 2010
A l’escale de Bangkok voici la presse internationale. Douch y apparaît à la Une : le visage fermé, en chemise Ralph Lauren, estampillé criminel contre l’humanité.
Hier soir j’ai quitté les parties civiles – victimes reconnues comme telles pour la première fois dans l’Histoire – Des cambodgiens de la diaspora (Monsieur Ou, la Princesse Nosria, Madame Lefèvre) ; mais aussi des cambodgiens des villages et des rizières. Nous avons dîné sur le fleuve Mékong. L’énorme choc émotionnel ressenti au moment du verdict les a encore frappés comme un orage de la mousson. Mais petit à petit, ainsi qu’on se l’était juré au début du procès, il faudra retrouver le sourire. Le fameux sourire khmer disparu depuis la déchirure des années 1975 – 1979. S-21 n’est plus maintenant qu’un musée. Un lieu de mémoire. Les générations qui le visiteront prendront pour guide les 250 pages du verdict ayant condamné Douch pour crime contre l’humanité et ayant désigné par leur nom et leur prénom chacune de ses victimes parties civiles.
"Les grandes salles du rez-de-chaussée.
Les cellules individuelles du premier étage. Par toutes les fenêtres, à travers les barbelés rouillés, la cour de l'ancienne école avec le portique et la corde raide qui pend encore. Dans l'effroi, nous avançons à reculons sur le dallage en carreaux jaunes et blancs. Le dallage en carreaux jaunes et blancs, qui figure sur toutes les peintures de Vann Nath, décrivant l'horreur dont il a été témoin direct et quasiment seul survivant. Alors on marche sur la pointe des pieds, à la surface de l'échiquier du malheur. Et tandis que, dans la salle de torture, on a peur de voir encore des traces de sang, il faut sortir pour prendre un peu l'air. Ce parfum de jasmin, qui filtre à travers les feuilles des arbres, comme de grands ventilateurs... Voici le mur de photos où tant de Cambodgiens sont venus, un jour, chercher le visage disparu. Ici, un cube de plexiglas dans lequel on a compressé les vêtements. Là bas une étagère dont on ose pas s'approcher car des crânes y sont empilés. Et dans un coin, de l'encens brûle, au pied d'une pagode." Dans les yeux du bourreau, pp. 86-87 (Ed. J.-C. Lattès) A lire aussi ...
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