Douch : le verdict

Publié par Pierre-Olivier Sur le Lundi 26 Juillet 2010

Douch : le verdict
Le jour des plaidoiries de la défense, nous avions quitté Douch redevenu Douch. En effet, après avoir demandé pardon à ses 17 000 victimes et à leur famille pendant tout le cours des audiences, voilà qu’il dénonçait soudain le procès « illégitime » qu’on lui faisait et qu’il révoquait sèchement son avocat français François Roux… laissant à son conseil cambodgien le soin de prononcer une plaidoirie de rupture totalement inattendue.

Ce matin Douch se présente une dernière fois au tribunal pour recevoir son verdict. Toujours ce teint de cire un peu luisant, l’œil vif trop perçant, et sa fameuse chemise Ralph Lauren (cette fois bleue ciel) impeccablement repassée. Ah cette chemise Ralph Lauren qui tranche tellement face à l’accoutrement des victimes et de leur famille souvent misérablement habillées, je l’avais d’abord prise comme le signe arrogant d’un ralliement à la culture occidentale – c’était du temps où Douch plaidait coupable reconnaissant la quasi-totalité des faits et du temps où il plaidait sa conversion au christianisme comme argument de défense. Maintenant la chemise Ralph Lauren est un pied de nez ! Dire que mon éditeur J.C. Lattès a refusé le titre que j’avais initialement choisi pour mon livre « Le bourreau s’habille en Ralph Lauren » préférant « Dans les yeux du bourreau »…

Le verdict est satisfaisant.

1. Douch est reconnu coupable de crime contre l’Humanité – ce qui signifie la fin de l’impunité pour toute la période khmère rouge et ses dirigeants puisque le jugement précise que Douch est condamné en tant que « l’un des principaux responsables des crimes commis par les khmers rouges » tandis que sa responsabilité personnelle est juridiquement qualifiée de « systémique ».

2. Les victimes sont recevables en leur constitution de partie civile – ce qui est une première en droit pénal international puisque ni à Nuremberg, ni à Tokyo, ni à Jérusalem et ni devant la CPI, elles ne bénéficiaient jusqu’alors d’un tel statut qui doit s’analyser comme un « plus » qui est dû à l’influence du droit français (le tribunal qui juge Douch est onusien et cambodgien donc d’influence française pour partie).

3. Douch est condamné à 35 ans, moins 5 ans, moins la détention provisoire, moins les remises de peine – ce qui importe peu puisque d’une part Douch a annoncé par son avocat qu’il ferait appel et que d’autre part moi-même en tant qu’avocat des parties civiles à la française, j’avais indiqué le premier jour de l’audience que je ne me prononcerais pas sur la peine. En effet, la souffrance des victimes étant inquantifiable on ne peut la projeter sur un calcul mathématique. Ce qui compte c’est que Douch soit condamné à une peine de prison à long terme dont il ne sortira probablement pas vivant puisqu’il a près de 70 ans.

4. Le tribunal a adressé un message symbolique aux parties civiles. Dans son verdict le président leur a dit que s’ils ne recevraient aucun dommage et intérêt – Douch ne pourrait évidemment pas en assurer la charge – ils devraient considérer que « l’inscription de leur nom sur le jugement » renfermerait la mesure de leur douleur… comme le marbre d’une dalle sur un monument aux morts. Ainsi faut-il considérer le verdict prononcé ce matin.

20100726__judgement__public__fr.pdf Lire le jugement rendu par la CETC  (2.42 Mo)




        


1.Posté par Maître Mô le 26/07/2010 22:15
Vous avez eu l'élégance, il y a longtemps déjà, de m'adresser, sans un mot autre que sa dédicace, votre livre (que sincèrement je ne suis pas certain d'avoir, moi, fait grand chose pour le mériter), que j'ai dévoré d'un trait - et celui des trois que j'emmène tout à l'heure avec moi dans mon sac, pour le relire.

Et ce soir, évidemment, en écoutant les commentaires télévisuels du verdict, en ce jour où de mémoire vous deviez offrir un certain sourire aux victimes, j'ai pensé à vous, évidemment.

A ma honte de vouloir vous remercier depuis des semaines, sans l'avoir fait encore, et je vous en demande pardon.

Du coup, j'ai posté un tweet au hasard, ne me souvenant plus de comment je pouvais vous joindre, bien que - j'ai vérifié ce soir ! - l'adresse de votre blog figurât à la fin de votre livre, je n'avais pas retenu ; et quelqu'un (anne_so sur Twitter), m'a permis de "revenir vers vous", comme on dit chez nous... Bref.

En pensant à ce que vous aviez écrit, et à la façon dont vous l'écriviez, et ma honte de retard avalée, j'ai pensé :

Au drame, un peu connu, que vous m'avez pourtant fait découvrir.

A l'homme que vous êtes, à ce qu'il devait ressentir.

A l'Avocat, évidemment, je veux dire au véritable Avocat : de ceux qui savent qu'au-delà de l'extrême humain, il n'y a rien...

Et votre commentaire de ce verdict dit à nouveau tout ça.

Merci, encore (Pardonnez l'emphase, mais je ne vois pas comment faire autrement.) .

Votre admirativement dévoué.
http://maitremo.fr




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