Elisabeth Badinter : le conflit

Publié par Catherine Paley-Vincent le Mercredi 3 Mars 2010

Elisabeth Badinter : le conflit
Quand Elisabeth BADINTER écrit sur la liberté des femmes, « L’amour en plus. Histoire de l’amour maternel », «Emile, Emilie. L’ambition féminine au XVIIIe siècle », «L’un et l’autre. Des relations entre hommes et femmes » ou «XY. De l’identité masculine », ces livres ouvrent toujours un débat.

Le dernier n’y manque pas, puisqu’il pose la question du conflit entre les femmes mères, épouses et amantes et la diversité des aspirations féminines face à « l’imperium du bébé ».

L’auteur craint une régression par rapport aux années libertaires (70-80) où les femmes aspiraient à la conquête de leurs droits essentiels, la liberté et l’égalité avec les hommes. Elles pensaient pouvoir les concilier avec la maternité. Or, même l’enfant choisi, voulu, va peser sur la vie des femmes et peut-être les faire retourner à la maison : « Pour une majorité de femmes, la conciliation des devoirs maternels qui ne cessent de s’alourdir et de leur épanouissement personnel reste problématique ».

A partir des années 90, la crise économique n’arrange rien, se doublant aujourd’hui d’une « crise identitaire » sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Identité ? « Dès lors qu’hommes et femmes peuvent assumer les mêmes fonctions et jouer les mêmes rôles − dans les cercles publics et privés −, que reste-t-il de leurs différences essentielles ? Si la maternité est l’apanage de la femme, est-il concevable de s’en tenir à une définition négative de l’homme : celui qui ne porte pas d’enfant ? » D’où un vertige existentiel chez celui-ci, aussi.

Tous ces doutes et interrogations conduisent à revenir à cette bonne vieille mère nature et à fustiger les ambitions aberrantes de la génération précédente : Retour vers le naturalisme, comme Rousseau en son temps. Et de conclure que ce naturalisme conduit essentiellement à revenir aux fondamentaux « dont l’instinct maternel serait le pilier ».

Naturalisme ou pas, Elisabeth Badinter fait le grand écart entre la femme et la mère. Certaines pages sur les contraintes de l’allaitement ou la « grève des ventres » ne manquent pas de piquant.

Néanmoins, celle qui explique que la vie conjugale a toujours un coût social et culturel pour les femmes, « tant sur le partage des tâches domestiques, l’éducation des enfants que sur l’évolution de leur carrière professionnelle et sa rémunération » dédicace son livre… « À Robert ».

Libérée mais toujours amoureuse.

Simone de BEAUVOIR n’avait pas osé dédier « Le deuxième sexe » à Jean‑Paul, ni Elsa TRIOLET ses poèmes à Louis.



        


1.Posté par E. N. le 12/03/2010 15:20
On peut être une femme éprise de liberté et dans le même temps vouloir être liée à la manière du renard qui, dans l’une des plus poétiques définitions l’amour, a imploré le Petit Prince de l’apprivoiser.




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