En direct de l'Université d'été du MEDEF sur le campus d'HEC

Publié par Pierre-Olivier Sur le Jeudi 2 Septembre 2010


Très belle table ronde ce matin au MEDEF, retransmise en direct sur BFM, à laquelle j'ai participé aux côtés de J.-F. Copé, F. Oudée, R. Enthoven, C. Allègre...

Le sujet : les mots qui fachent.

En des temps meilleurs le thème aurait été « les bons mots » ou « les mots doux » ou « les mots qu’on mâche ». Mais en pleine crise de tout, et peur de tout, voici : « les mots qui fâchent ».

Les organisateurs de cette table ronde nous proposaient de réfléchir autour des mots : « climat », « austérité », « bonus », « trader », « identité », « fidélité », « solidarité », « profit », « retraite » ; et autour des problématiques : « l’assourdissante tyrannie du politiquement correct », « taisez ce mot que je ne saurais ouïr », « bien entendu c’est off », « le mot chien ne mord pas », « les mots à réhabiliter : bienveillance, bonne humeur, fidélité », « vrai ou faux »…

Et quid de la dialectique judiciaire ? Elle est par fonction la plus forte en mots qui fâchent, puisqu’elle est sanctionnatrice – ce qui est la définition du droit pénal, donc de son langage.

Garde à vue : on pense à la torture. Comparution devant le tribunal : c'est Kafka. Détention provisoire :voici les murs de Fresnes, de La Santé, de Clairvaux. Coupable : on entend le couperet qui tombe. Peine : c’est toujours la peine de mort.

Ces mots ou expressions ont une valeur performative.

Ils sont l’inverse des mots doudous dans la fonction phatique du langage (allo t’es où… passe-moi le truc qui est sur le machin, etc.).

Ils sont des pistolets chargés.

La preuve par l’émotion, c’est une formule du juge Philippe Courroye lorsqu’il avait l’imperium de placer en détention provisoire : « Monsieur, ce soir, vous dormirez en prison ».

La preuve par la littérature, c’est Stendhal qui considère qu’il n’y a pas d’alexandrin plus beau et plus fort que l’article du Code pénal : « Tout condamné à mort aura la tête tranchée ».

La preuve par les nouvelles lois, c’est d’une part l’« inculpation » dont la charge sanctionnatrice était considérée trop lourde et qui est donc devenue la « mise en examen » (1993), et à l’inverse le besoin d’un effet annonce plus fort que l’incrimination de « pénétration sexuelle par personne ayant autorité sur mineur de 15 ans » qui est devenue « inceste » (2010).

Mais une valeur performative de la dialectique judiciaire… pour quoi ?

Pour deux mots qui fâchent plus encore : l’« erreur judiciaire ».

Deux mots devenus un mot : « Outreau ».

Alors dans ce mot valise, tout est dit : « je ne crois plus en la justice de mon pays ! ».

Telle est, pour un avocat, l’expression qui fâche, au bout des mots qui fâchent.




        

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