Femmes : un vrai choix

Publié par Catherine Paley-Vincent le Vendredi 23 Avril 2010

Femmes : un vrai choix
La femme égyptienne était si privilégiée qu’elle pouvait, encore vivante, être invitée à suivre son mari au tombeau... L’Histoire regorge de ces chaleureuses pressions par lesquelles l’homme décide seul de ce qui est bon pour la femme. Paix des familles, ordre social, nécessités économiques, moralité publique, les meilleurs arguments justifient qu’on la tienne au gynécée, dans le harem, cachée à la maison ou sous la burqua.



Les femmes ont mis presque vingt siècles à exister. Leurs combats forcent l’admiration.

Il faut relire le parcours d’une Jeanne Chauvin qui, après quatre années de persévérance, voit voter la loi du 1er décembre 1900 lui permettant de s’inscrire au barreau. Le bâtonnier Albert Salle l’en avait pourtant gentiment dissuadée, lui conseillant de faire du commerce ou, plus intellectuel, de choisir l’enseignement.

En 1972, Gisèle Halimi, brave l’hypocrisie d’une loi surannée et plaide à Bobigny pour Marie-Claire, violée à 17 ans et avortée avec la complicité de sa mère. Forte du « Manifeste des 343 », signé par autant de célébrités reconnaissant avoir subi un avortement, elle les appelle à la barre pour témoigner et obtient la relaxe.

Le combat de Simone Veil mené à l’Assemblée nationale dans la nuit du 29 novembre 1974 pour une IVG malheureuse mais juste, reste dans toutes les mémoires.

Les images fortes de ces femmes nous permettent de mesurer tout ce que nous leur devons. C’est acquis : les femmes ont su occuper la place et désormais les toutes premières places. Partout, elles s’imposent en qualité et en nombre.

En 2009, pour la première fois dans l’histoire du barreau de Paris, 10782 femmes forment plus de la moitié des 21393 des avocats. Dominique de la Garanderie fut en 1998 la première femme Bâtonnier de Paris. En 2010, nous sommes trois femmes candidates au bâtonnat et vicebâtonnat. Après avoir dirigé l’un des plus importants cabinets d’avocats du monde, Christine Lagarde rayonne à Bercy.

Les femmes ont voulu et réussi à EXISTER, il leur faut maintenant COEXISTER.

Certains pensent que parité et quotas sont un « mal nécessaire » sans lequel les femmes ne parviendront pas à prendre les places que leurs capacités et leurs talents commandent. La loi du 6 juin 2000 a ainsi instauré la parité en politique.

Sous l’impulsion donnée au niveau européen, verra-t-on des délibérations de conseils d’administration annulées parce que non votées par 40 % de femmes administrateurs? Le récent
dépôt d’une proposition de loi y invite. Cette méthode forte est-elle véritablement la meilleure pour imposer les femmes ? N’est-ce pas leur créer des strapontins aussi condescendants qu’illégitimes au lieu de leur tendre le fauteuil, qu’à compétences égales, un homme occupe à leur place ?

Les inépuisables débats sur la maternité perturbatrice de la réussite féminine, sur ce fameux « plafond de verre » contre lequel on se cogne encore pour gravir les échelons qui ne mènent pas jusqu’aux fauteuils ou la triste réalité d’une distorsion de 30% entre les rémunérations homme/femme pour le même emploi alimentent régulièrement les médias... Alors oui, une vraie politique de lutte contre les discriminations, pour combattre le nivellement « par le bas » sera nécessaire tant que de telles réalités freineront les femmes.

Le maître-mot n’est-il pas là ? CHOISIR. « Je lutte pour qu’on cesse d’avoir une idée unique de la gent féminine, comme si on était un troupeau. On a des désirs, un inconscient, une histoire différente » affirme Élisabeth Badinter à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage.

Mais, qui dit choix et équilibre dit obligation d’en assumer les risques. Vouloir tout et son contraire est un leurre.

L’indépendance économique commande de travailler. La grossesse n’est pas une maladie. Prendre ses enfants sous le bras et se séparer de l’homme qui ne convient plus, reste un choix difficile où l’on a de cadeau à n’attendre de personne.

Assumer un engagement politique ou des responsabilités élevées n’a pas pour corollaire une vie paisible et reposante.

Quel que soit le bonheur d’une maternité, elle freine l’envolée d’une jeune femme à un moment crucial de sa vie professionnelle où le père de ses enfants cavale déjà en tête, attrape pouvoir et galons et engrange de fortes rémunérations.

Ce n’est pas contestable. Alors laissons aux femmes du temps, laissons les faire le monde de demain en paix, sans vexation, ni harcèlement. Elles font vos enfants. Que leurs aînées soient responsables et solidaires. La solidarité inter-générationnelle est une réponse sans faille aux clivages qui peuvent exister momentanément.

Le temps consacré à la maternité se rattrape. La vie est de plus en plus longue. On travaillera de plus en plus tard.Si l’ambition féminine ne se place pas toujours là où se situe celle des hommes, elle est une source d’épanouissement et d’équilibre qui permettent des montées en puissance spectaculaires.

Choix, complémentarité et équilibre doivent devenir un langage commun. De plus en plus d’hommes y aspirent aussi. Le mâle dominant devient caricatural, il ne va plus à la chasse, il fait moins de cadeaux à sa grosse voiture et passe plus de temps avec ses enfants.

Maternité délibérée, revalorisation du rôle parental, mise en avant des spécificités de chacun et des talents de tous, coexistence entre des hommes apaisés et des femmes gagnantes suffiraient-ils à rendre le féminisme « pur et dur » ringard et inutilement agressif ? Les femmes sont merveilleuses. Il suffit de les regarder.


(Article tiré de la Gazette du Palais, Dimanche 11 au Mardi 13 avril 2010, n°101 à 103, pp. 21-22)



        



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