Gérard Drubigny a été vaincu par la maladie. Un « seigneur » du Palais va nous manquer.
Gérard incarnait la classe, l’élégance, la délicatesse, l’humour. Lors de ses obsèques, à l’Eglise Saint-Roch, tous ses amis ont dit en des termes plus beaux les uns que les autres le père merveilleux qu’il était, l’ami cultivé et si sensible à l’art, enfin l’avocat passionné par son métier et dévoué à ses clients.
Nous l’avons connu à la Conférence du stage, raie au milieu et lunettes d’écaille, au Conseil de l’Ordre, puis ensuite dans toutes les manifestations importantes du Palais. Partout, il affichait cette aisance, cet intérêt pour les autres et, quand il était votre interlocuteur, on était sûr d’être écouté.
Beaucoup ont dit et diront quel homme d’exception était Gérard Drubigny.
Pour ma part, je voudrais rappeler deux souvenirs qui disent son immense gentillesse et son amitié.
- Nous sommes en 1968. Il est Secrétaire de la Conférence, et je « comparais » à la Berryer. Je viens de me faire descendre en flèche. Certains me comparent à la « Castafiore » et l’un des secrétaires me dit : « La prochaine fois j’apporterai mon bouclier car j’ai vraiment eu peur ! ».
Gérard prend alors la parole et avec une gentillesse incroyable cherche presque à me consoler et à me dire que je n’ai pas été si mauvaise que ça et que ce sont les autres secrétaires qui n’ont pas vraiment compris toutes les finesses de mon discours. Je m’en souviens encore.
- Il y a quelques années, j’étais ulcérée car l’un de mes clients, brillant professeur de médecine, ne m’avait pas réglé mes honoraires dans des conditions particulièrement déplaisantes. Je fais donc une procédure que je gagne devant le Bâtonnier. Il fait appel de la décision. Nous nous retrouvons devant la Cour et Gérard Drubigny m’indique plaider pour le Professeur … A tout prendre, je préférais que ce soit lui plutôt qu’un autre.
Gérard Drubigny a plaidé magnifiquement, défendant parfaitement son client, mais ce, avec une délicatesse incroyable : il n’a jamais prononcé mon nom, il n’a jamais dit la moindre chose désagréable à mon encontre et bien qu’assise sur le banc d’en face, je ne me suis absolument pas sentie agressée.
Dès la sortie de l’audience, je lui disais combien sa plaidoirie était un modèle de confraternité, d’élégance et de compétence. Je le lui ai écrit dans un petit mot auquel il m’a immédiatement répondu.
Six mois plus tard, il « m’avoue » la fin de l’histoire : « Moi non plus, je n’ai jamais été réglé de mes honoraires ! ».
Voilà le genre de relations que l’on pouvait entretenir au Palais avec cet avocat si touchant.
Tous n’ont pu venir à la célébration des funérailles de Gérard Drubigny où l’un de ses fils, Alexandre, a lu un texte que Gérard avait écrit. Je voudrais vous le livrer.
« VERT
La peur, la mine, le teint sont verts.
Verte est la superstition du comédien.
Verte la sauce, la grosse mouche et la vilaine cravate.
Verte la moutarde et verte la rage.
Verte la mante religieuse et il était vert l’uniforme maudit.
Mais elle était verte aussi la vallée où se trouve le pré,
Où poussent les herbes et les fleurs à tiges et à feuilles de même couleur.
Vert aussi le concombre et le poireau, la prune et la pomme, le pois et le haricot.
Verts les arbres et les bourgeons.
Verts la bouteille et le fauteuil dans le jardin de l’homme à tête de chou.
Ils sont verts ses yeux irisés et verte mon espérance. »
Gérard incarnait la classe, l’élégance, la délicatesse, l’humour. Lors de ses obsèques, à l’Eglise Saint-Roch, tous ses amis ont dit en des termes plus beaux les uns que les autres le père merveilleux qu’il était, l’ami cultivé et si sensible à l’art, enfin l’avocat passionné par son métier et dévoué à ses clients.
Nous l’avons connu à la Conférence du stage, raie au milieu et lunettes d’écaille, au Conseil de l’Ordre, puis ensuite dans toutes les manifestations importantes du Palais. Partout, il affichait cette aisance, cet intérêt pour les autres et, quand il était votre interlocuteur, on était sûr d’être écouté.
Beaucoup ont dit et diront quel homme d’exception était Gérard Drubigny.
Pour ma part, je voudrais rappeler deux souvenirs qui disent son immense gentillesse et son amitié.
- Nous sommes en 1968. Il est Secrétaire de la Conférence, et je « comparais » à la Berryer. Je viens de me faire descendre en flèche. Certains me comparent à la « Castafiore » et l’un des secrétaires me dit : « La prochaine fois j’apporterai mon bouclier car j’ai vraiment eu peur ! ».
Gérard prend alors la parole et avec une gentillesse incroyable cherche presque à me consoler et à me dire que je n’ai pas été si mauvaise que ça et que ce sont les autres secrétaires qui n’ont pas vraiment compris toutes les finesses de mon discours. Je m’en souviens encore.
- Il y a quelques années, j’étais ulcérée car l’un de mes clients, brillant professeur de médecine, ne m’avait pas réglé mes honoraires dans des conditions particulièrement déplaisantes. Je fais donc une procédure que je gagne devant le Bâtonnier. Il fait appel de la décision. Nous nous retrouvons devant la Cour et Gérard Drubigny m’indique plaider pour le Professeur … A tout prendre, je préférais que ce soit lui plutôt qu’un autre.
Gérard Drubigny a plaidé magnifiquement, défendant parfaitement son client, mais ce, avec une délicatesse incroyable : il n’a jamais prononcé mon nom, il n’a jamais dit la moindre chose désagréable à mon encontre et bien qu’assise sur le banc d’en face, je ne me suis absolument pas sentie agressée.
Dès la sortie de l’audience, je lui disais combien sa plaidoirie était un modèle de confraternité, d’élégance et de compétence. Je le lui ai écrit dans un petit mot auquel il m’a immédiatement répondu.
Six mois plus tard, il « m’avoue » la fin de l’histoire : « Moi non plus, je n’ai jamais été réglé de mes honoraires ! ».
Voilà le genre de relations que l’on pouvait entretenir au Palais avec cet avocat si touchant.
Tous n’ont pu venir à la célébration des funérailles de Gérard Drubigny où l’un de ses fils, Alexandre, a lu un texte que Gérard avait écrit. Je voudrais vous le livrer.
« VERT
La peur, la mine, le teint sont verts.
Verte est la superstition du comédien.
Verte la sauce, la grosse mouche et la vilaine cravate.
Verte la moutarde et verte la rage.
Verte la mante religieuse et il était vert l’uniforme maudit.
Mais elle était verte aussi la vallée où se trouve le pré,
Où poussent les herbes et les fleurs à tiges et à feuilles de même couleur.
Vert aussi le concombre et le poireau, la prune et la pomme, le pois et le haricot.
Verts les arbres et les bourgeons.
Verts la bouteille et le fauteuil dans le jardin de l’homme à tête de chou.
Ils sont verts ses yeux irisés et verte mon espérance. »


Campagne Bâtonnat 2012




