Procès Douch : de retour à Phnom Penh, pour le verdict.

Publié par Pierre-Olivier Sur le Dimanche 25 Juillet 2010

Procès Douch : de retour à Phnom Penh, pour le verdict.
Arrivé à Phnom Penh, je retrouve Clémence Witt, élève-avocate, qui effectue son PPI auprès des Chambres Extraordinaires au sein des Tribunaux Cambodgiens.

Nous déjeunons ensemble, au premier étage d’une maison coloniale en bois, assis en tailleur.

Et nous nous demandons si le verdict, auquel nous assisterons demain, rendra aux cambodgiens le fameux sourire khmer.

C'est ce que j'avais esperé, à la dernière page de mon livre.

Dans les yeux du bourreau (Editions JC Lattès) p.190

Procès Douch : de retour à Phnom Penh, pour le verdict.
Le Mékong s’écoule. Les couleurs sont vert luisant. Le soleil brûle.

Monsieur Vong Seri est debout. En apnée. Lui qui ne voulait pas du procès, il plaide maintenant.
Il me donne la partition. Il la vit. Elle tremble en lui.

Il me tend la main, et me montre la voie, vers le tribunal…

Avant de reprendre la voiture qui nous emmène vers la dernière audience, il cueille une fleur de lotus et la respire par petites gorgées d’air.

« Le lotus préfère s’épanouir et mourir au soleil, plutôt que vivre en bouton un éternel hiver », me dit-il, en citant Tagore.

Je ne sais quoi répondre. Il ne dit plus rien. Et m’offre un large sourire. Le fameux sourire khmer. Retrouvé.

Ce sourire, un jour je l’offrirai à la mémoire des victimes de S-21. Ce sera le jour du verdict.

Article paru dans l'Express, n°3087 - semaine du 1er au 7 septembre

Procès Douch : de retour à Phnom Penh, pour le verdict.

Article d'Arnaud Vaulerin paru dans le blog Libération (Les Carnets de Phnom Penh) - 20 juillet 2010

Le bourreau était fort, les victimes aux «abonnés absents». C'est pour décortiquer cette contradiction et ce silence que l'avocat français Pierre-Olivier Sur signe un court essai-récit sur sa vision du procès Douch l'ex-directeur de S-21 (voir ici les photos de l'ex-centre de torture). En huit chapitres, il revient sur neuf mois d'audiences devant le Tribunal des Khmers rouges à Phnom Penh qui rendra son verdict le 26 juillet dans cette première affaire.

Entre la capitale cambodgienne et ses bureaux parisiens, Pierre-Olivier Sur a dirigé l'un des groupes de parties civiles constitués dans ce dossier numéro 1. Certains témoins, avocats et magistrats raillent gentiment la pose grandiloquente d'un avocat qui, durant neuf mois, aura été lui aussi parfois aux «abonnés absents». Il n'empêche, Pierre-Olivier Sur revisite longuement ce procès historique qu'il replace dans la filiation des précédents de Nuremberg, de Tokyo et de Jérusalem. Surtout, il questionne -sans vraiment l'analyser- cette «loi du silence qui a empêché un certain devoir de mémoire» au Cambodge. L'avocat comprend d'autant moins ce silence que pour la première fois en droit pénal international, les victimes ont eu la possibilité de se constituer partie civile. Et il ne comprend pas plus «ce qui empêche la douleur d'éclater».


Il converse avec Vong Seri, rencontré «sous la pluie», aux abords des «temples khmers», sur les traces du Malraux de la Voie royale. Voilà pour le décor. Pour le fond, l'avocat cherche à convaincre ce Cambodgien (à la fois «victime et bourreau») de la nécessité de faire justice, d'établir les faits, d'édicter la vérité.
«Vong Seri dit qu'il ne veut pas aller au procès.» Comme une ritournelle, cette phrase ouvre les chapitres de ce récit qui dresse le portrait de Douch, s'intéresse à la déposition de François Bizot, rend hommage à François Roux -l'avocat français de la défense-, décrit «l'atmosphère asséchée» du premier jour d'audience dans ce tribunal hybride que sont les Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC), dissèque «l'idéologie de la terreur», etc. Au final, Pierre-Olivier Sur feint d'écrire que Vong Seri écrit sa plaidoirie. Qui questionne autant l'avocat pénaliste français que le Cambodgien nourri de culture bouddhiste.

Dans les yeux du bourreau, Sur campe justement un «Douch occidentalisé, en chemise Ralph Lauren, qui récite en français des vers d'Alfred de Vigny, qui se dit chrétien», qui reconnaît ses actes et demande pardon à ses victimes.«Il a compris les nouvelles règles du jeu», note non sans raison Pierre-Olivier Sur pour décrire comment l'ex-directeur de S-21 s'est présenté en «parfaite connivence avec le tribunal». Entre lui et les victimes, le «malaise s'installe» dès le début du procès. Et ce n'est pas le coup de théâtre du 27 novembre 2009, quand Douch a demandé sa libération, qui va le dissiper.

Il convoque l'écrivain François Bizot et l'avocat François Roux (interrogé par Libération en 2009) pour douter de leur volonté de «ré-humaniser le criminel contre l'humanité». Surtout quand celui-ci a épuisé sa «fraction de seconde de libre arbitre». A la fin, «l'intime conviction bascule. Douch redevient Douch», écrit Pierre-Olivier Sur. Le 9 juillet, l'ex-directeur de S-21 a congédié François Roux, son avocat français, et a remis en cause ses aveux prononcés à l'audience.


Arnaud Vaulerin

Critique paru sur le blog ONG : ongong.canalblog.com - 22 août 2010

"Dans le procès des Khmers rouges qui se déroule actuellement à Phnom Penh, les familles de victimes, invitées à y participer sans limite en tant que parties civiles – une première en droit pénal international – sont largement absentes : moins d’une centaine. Pourtant le génocide, entre 1975 et 1979, a tué près de deux millions d’hommes (un tiers de la population). Pourquoi donc les enfants et les petits-enfants des victimes fuient-ils une justice qui n’a que trop tardé ? A la fois témoin et acteur en tant qu’avocat des parties civiles, Pierre-Olivier Sur tente de décortiquer l’anatomie de leur silence et de comprendre pourquoi le banc des victimes reste à moitié vide tandis que le bourreau paraît plus fort que jamais.

Une succession de courts chapitres raconte le procès et ses mécanismes, l’accusé et sa psychologie, la cohabitation qui s’est installée entre victimes et tortionnaires depuis 1979. Pierre-Olivier Sur raconte sa rencontre avec un homme, le fils d’une victime, qui ne reconnaît pas la légitimité du procès et refuse donc de s’y rendre. Au fur et à mesure de leurs échanges, qui constituent le fil rouge de l’ouvrage, victime et avocat finissent par ne plus faire qu’un et c’est ensemble, d’une seule voix, qu’ils conçoivent la plaidoirie finale."


S’entremêlent dans ce récit, sur le bord du Mékong, la vérité brute des procès-verbaux d’audience et l’émotion retenue d’un peuple qui retrouve sa mémoire.

Article de Stéphanie Maupas paru dans le Monde - 28 juin 2010

Procès Douch : de retour à Phnom Penh, pour le verdict.



        



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