Réponse à Frédéric Péchenard

Publié par Pierre-Olivier Sur le Mardi 13 Avril 2010

Policiers/avocats même combat: devenir ensemble auxiliaires de vérité scientifique

Réponse à Frédéric Péchenard
Le Directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, est fils d'avocat - et quel avocat -.
Ainsi a-t'il appris tout jeune le sens des mots et l'art de la dialectique. Il frappe donc fort (Le Monde, 9 avril 2010), quand il défend l'indéfendable, c'est à dire la garde à vue à la française. Car faut-il le rappeler, la France est la seule grande démocratie occidentale (avec la Belgique) à ne pas autoriser la présence d'un avocat lors des auditions et confrontations effectuées par la police ou la gendarmerie dans le cadre de la garde à vue. Ce n'est plus acceptable.

Comment Frédéric Péchenard mène t-il la défense? D'abord, il plaide le sacrifice de la police au nom de l'intérêt des victimes de crimes ou délits. Effet de manche redoutable ou application du bon vieux principe qui veut que la fin (protection des victimes) justifie toujours les moyens (policiers): "Peut-on imaginer qu'un policier - responsable de ses résultats et qui doit à la société et aux victimes de consacrer son temps de travail à la recherche de la vérité - accomplisse de gaité de coeur les longues et fastidieuses démarches formellement prescrites par le régime de la garde à vue ...". Comme Frédéric Péchenard sait qu'un tel argument conduit aux pires dérives, que nul ne lui prête d'ailleurs, il en fixe une limite au nom de la dignité de la police et des personnes gardées à vue: plus de fouille à corps! Une simple palpation de sécurité suffira "sans déshabillage par conséquent". D'une façon générale, car c'est aussi son rôle, Frédéric Péchenard demande de l'argent pour la police et pour la réfection de ses locaux: "si l'ont veut que toute personne gardée à vue soit accueillie dans des conditions décentes".

Ensuite, l'argument du Directeur général de la police nationale prend une allure d'engagement politique. Il dit que si on en est là - car il admet le malaise -, la faute en revient à un excès de règles, à un excès de procédures paradoxalement protectrices et surtout, à la loi Guigou de 2000. Donc la "faute à" la gauche? Qu'importe...

Basculant alors dans le débat politique, Frédéric Péchenard commettrait-il une erreur dialectique dangereuse pour son argumentation? Evitons la polémique et plaçons la réflexion dans une logique de modernité scientifique selon des impératifs de libertés publiques.

Ce qui nous choque dans le propos, c'est qu'il reflète l'image sépia d'une police à la Jean Gabin, Maigret, Columbo ou autres, police détestable ou sympathique, mais dépassée. Car l'objectif de cette police là demeure la recherche d'aveux, ce qui constitue l'exception française inadmissible. Avec ou sans fouille à corps, que les cachots soient fétides ou repeints.

Acceptons de changer de logique et même de culture. Il faut substituer au schéma aveux/intime conviction, un système de preuves objectives. Le Président de la République lui-même l'a suggéré dans son discours devant la Cour de Cassation en janvier 2009. Prenons acte des progrès de la police scientifique. Travaillons dans des locaux décents, avec une procédure transparante qui exclut la mise au secret et les humiliations absurdes (les lacets, le soutien-gorge, la montre...). Offrons aux policiers un nouveau registre, à égalité avec les avocats: devenir des auxiliaires de vérité scientifique. C'est là que se situera l'un des équilibres de la vraie réforme de la procédure pénale française.

Alors la France rejoindra toutes les autres démocraties occidentales et n'acceptera plus que quiconque puisse comparaître devant la police sans être assisté par un avocat. C'est aussi évident qu'une formule qui a fait le tour du monde et qui est le symbole des libertés publiques: "Je ne parlerai qu'en présence de mon avocat".



        

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