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Soyons post-féministes!

Publié par Annabel Boccara et Pierre-Olivier Sur le Lundi 5 Mars 2012

Saluons les féministes qui, dans les années 70 à 80, ont été les précurseurs, alors qu'iln’y avait que 30 % de femmes au barreau de Paris : mesdames Halimi et Smadja au pénal, Violette Gorny en droit de la famille et Eliane Heilbronn à la tête d’un cabinet d’affaires international, Catherine Paley-Vincent à la Conférence et Geneviève Augendre au Conseil de l’Ordre.

Saluons notre profession qui a réussi une mutation, dans les années 2010, lui ayant permis de franchir le cap des 50% de femmes dont plus de 60% dans son Ecole de formation, et de dépasser les statistiques nationales de représentation dans sa gouvernance : 33% contre 20% au Parlement et 10% dans les Comex des entreprises du CAC40.

Saluons celles que les hommes envient : Christine Lagarde pour Jean-Michel Darrois, Françoise Cotta pour beaucoup de pénalistes, Christiane Féral-Schuhl pour les candidats au bâtonnat et Dominique de La Garanderie, dont l'actuelle promotion de l'Ecole porte le nom, plutôt que celui de Robert Badinter initialement suggéré.

Attention cependant ! Un tiers des femmes abandonne le métier au bout de dix ans et elles demeurent minoritaires parmi les associés des cabinets d'affaires, ce qui prouve qu’il faut que l’Ordre et les structures continuent de tout mettre en oeuvre pour améliorer le quotidien pratique de l’organisation profession / famille.

Par ailleurs, l’inégalité des revenus est encore une réalité qui interpelle, puisque dans les structures professionnelles parisiennes, le revenu moyen net annuel des avocates à 40 ans (60 000 euros) connaît de fait un décrochage par rapport à celui des hommes (100 000 euros).

Et, pour l’avenir du barreau, ne serait-il pas temps d’abolir cette loi non écrite qui voudrait qu'une profession qui se féminise- en 2050 il devrait y avoir 70% de femmes au barreau de Paris- risque de s'appauvrir… Non, le combat féministe n’est pas encore caduc. Il est de plus en plus subtil, et demande des armes nouvelles.

Soyons donc post-féministes ! Acceptons cette extraordinaire mutation qui est en train de transformer en profondeur tout le métier jusqu’à l’éloquence. Jadis les femmes empruntaient jusqu’aux pires travers de l'homme mâle dominant, pour réussir à la barre. En agressivité. Aujourd'hui c'est l'inverse. Les hommes plaident en empathie, et font court, sobre, léger... Tandis qu’avant de plaider, on tente maintenant toutes les voies alternatives au règlement des conflits.

Voici donc la pratique professionnelle qui révèle haut et fort que sommeille en chaque avocat une part non négligeable de féminin. Et que c’est un atout ! Mais l’avenir et le progrès consistent sans doute à dépasser l’archaïque dualité. Reconnaître en nous tous et toutes la complexité du masculin et du féminin mêlés.

Gagner sur tous les tableaux, sans réserver aux uns puissance et brutalité, aux autres douceur et empathie. La robe de l’avocat n’est-elle pas là aussi pour garantir la vraie égalité et abolir la notion de genres ? Plaider, c’est choisir la troisième voie(x).


        

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